l’Éxploitation du Numérique

1er novembre 2011

La semaine dernière, j’ai lu un article  de Daniel Castets concernant un photographe de sport très connu: Gérard Vandystadt, (lire l’article très interressant – avec un final savoureux –  ici ). Cet article m’a rappelé une expérience personnelle ou il arrive malheureusement  trop souvent ce genre de situation quand les photographes d’aujourd’hui doivent partager (voir donner) leur savoir et/ou leur travail, avec en retour une poignée de main comme remerciement.

Cet été, un ami photographe me demande si je veux l’accompagner pour faire un “shooting” de spectacle.

Il avait contacté par e-mail une artiste qui commençait dans le milieu de la chanson de cabaret, et  lui avait demandé la permission de venir la photographier pendant son spectacle dans une petite salle de Montréal. En échange elle aurait quelques photos pour la promotion de son site web. Permission accordée par la chanteuse.

Le soir venu, nous arrivons avec nos appareils photos et objectifs de différentes tailles (car nous n’avions aucune idée de la distance à laquelle nous serions de la scène). Nous payons nos entrées  et nous voila dans le club.

Nous rencontrons Sylvie (nom fictif), très gentille, et elle nous dit que nous avons carte blanche pour photographier. Le club est tranquille, quelques personnes seulement, l’éclairage est très sombre, ce qui nous oblige à prendre nos objectifs  les plus lumineux et monter la sensibilité a plus de 1600 iso (voir 3200) et une vitesse proche de  1/25 voir 1/15 – Pas évident pour avoir des photos nettes.

Le spectacle commence, un bon spectacle d’ailleurs,  et nous prenons nos photos avec cet éclairage délicat. Nos consommations sont à nos frais, la soirée se termine, byyyye, et nous partons, en disant a Sophie que nous lui enverrons quelques exemples de notre travail… Tout  va bien.

Le lendemain, de mon coté  je tri mes photos, en arrange quelques une et lui en envoi une par e-mail,  afin d’avoir son avis, et de ne pas travailler inutilement si elle n’aime pas. Bien sur la photo est en format WEB avec mon Logo, car c’est un avis que je demande, à savoir si elle aime ça.

Sa réponse (que voici) m’a fait un peu disons, sursauter:

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Bonjour xxxxxxxx et Pascal,

Désolé pour le délais de réponse mais repos oblige après le concert.

J’aurai souhaité recevoir plusieurs de vos photos en haute résolutionvos best of the best d’un bout à l’autre de la soirée- afin que je puisse relater la soirée sur mon site ou, éventuellement pour mon dossier de presse. L’idéal est d’avoir une version dont le crédit apparaissent en petit sur le côté droit de la photo (à la verticale). Et pas d’inquiétude pour la mention “petit”, c’est juste pour que l’on puisse se concentrer sur la photo en tant que tel et je prendrais soin d’écrire votre nom de nouveau sur la page en créant un lien vers votre site web, blogue ou autre afin que cela puisse être une invitation à voyager dans votre univers photographique. Si la taille nécessite des CD -dites moi combien- et sinon le plus simple – et le plus convivial serait de faire un échange d’un disque dur à mon MAC dans un petit café italien proche du marché JT.

Lundi 29 Aout au Café (blablabla) dans l’après midi, ou fin d’après-midi êtes-vous disponible?

Merci encore pour le partage.

Sophie

Exemple crédit photo: http://www.monsiteSophie.com (petite remarque : je n’ai pas encore reçu de lien internet par la photographe car elle n’a pas encore fait son site)

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Donc Mademoiselle « Je Veux », nous avons une expérience de plusieurs années en photo, nous défrayons tout nos frais pour la soirée, nous proposons gratuitement quelques photos dès le lendemain  pour une promotion WEB, nous payons nos équipements photographiques (une beurrée ne l’oublions pas),  et bien ca ne vous suffit pas?

Nous avez-vous fait don de votre spectacle? Offert un « drink »? Ou simplement répondu à notre demande à savoir si vous aimiez ou non notre travail?  Je serais bien tenté de mettre un commentaire a coté de chaque phrases ou mots que j’ai mis en caractères gras…

Mais j’oubliai… Comme nous sommes des photographes PASSIONNÉS (c’est le nom que l’on donne à ceux qui travaillent pour rien), il va  de soit que le résultat  doit être gratuit sur toute la ligne n’est-ce pas? De nos jours « Passionné » serait-il égal à « Éxploité »?

Et le parallèle avec la musique, croyez moi je connais, je suis monté sur un stage très  souvent, et je sais que tout les artistes (musiciens, photographes ou autres) travaillent un maximum pour avoir de bon résultats et le nombre d’heures ne se comptent  plus. Mais à mon sens, le mot partage veut dire … Partage… des frais, du travail, des résultats… pas juste un sens unique ou j’ai l’impression d’avoir manqué quelque chose.. ou de m’ …. ou de m’…  Enfin vous m’avez compris!

 Juste une expérience de plus ou le numérique n’est qu’un partage de fichiers, peu importe le travail qu’il a suscité. Puisqu’un fichier ne coûte en fait rien de plus qu’un café à mes frais, pendant mes heures de travail, et une copie sur un disque dur. Pourtant je ne demandais qu’un simple merci,  juste un peu de reconnaissance – c’est notre salaire –  et pas un cours sur la manière de donner mon travail.

Pour ma part, je n’ai simplement pas répondu et j’aimerais vraiment avoir vos commentaires sur ce sujet, vos expériences personnelles, quelle est votre approche dans un cas semblable…?

Au plaisir de vous lire.

Pascal

     

4 thoughts on “l’Éxploitation du Numérique

  • photographe = gratuit pour la plupart des gens qui eux ne travaillent pas gratuit! Je connais trop!!!!!! Et ca écœure du métier

    le pire C ceux qui mendient D photos gratuites alors qu ils sont plein aux as… Pourquoi touS les photographes ont ce problème?

  • Il s’agit là d’un problème important, mais pas si complexe. Il est malheureusement généralisé que dès qu’une activité devient accessible à tous et toutes, celle-ci se trouve frappée d’une image de facilité et est grandement dévalorisée. N’importe qui peut le faire, ça ne coûte pas grand chose, etc. Le numérique empire la situation car, comme vous l’avez souligné, le coût nul indirect des fichiers sur un disque dur cache un autre coût, celui des équipements ayant produit les fichiers, que ce soit des appareils-photos, un numériseur, un appareil spécialisé, ou tout simplement l’ordinateur lui-même!

    Dans votre cas, je crois qu’il s’agit d’un problème de communication avec la chanteuse. Votre ami a demandé la permission pour photographier le spectacle. Bien que cela ne soit pas nécessaire légalement (à moins d’une interdiction formelle de son équipe ou de l’établissement, ce qui est très rare dans le cas des petits spectacles de cabaret), c’était une bonne initiative, car ça mettait la chanteuse en confiance et établissait un premier lien. Ceci dit, le problème réside, à mon avis, dans cette notion d’échange que votre ami a établi dès le départ, comme si vous lui deviez quelque chose. Prenons le cas des médias; qu’ils demandent ou non la permission, ils n’auraient rien accordé en retour et la chanteuse ne se serait pas attendu au contraire. Elle recherche de la promotion, et la présence de médias dans la salle est un atout. C’est dans cette dynamique qu’il faut agir, même lorsque aucune utilisation médiatique des photos n’est prévue. C’est vrai pour les photographes amateurs, c’est vrai pour les photographes professionnels qui alimentent une banque d’images ou qui sont simplement venus s’entrainer.

    Dans le cas où nos photos ne sont pas déjà promises à un média ou autre entreprise, c’est normal d’espérer qu’elles soient vues par l’artiste. Mais le truc est de l’attirer sans rien offrir. Dans le cas présent, votre ami lui a offert, dès le départ, une utilisation web des photos, sans trop préciser ses conditions. Donc si, au fil de la discussion post-spectacle avec la chanteuse, vous ou votre ami resserrez les conditions et semblez diminuer la proposition, c’est vous qui passez pour les méchants. Vous avez offert, puis reprenez. Et ce, même si aucun mensonge «promotionnel» n’a été dit lors de la proposition!

    Ce que je fais, personnellement, c’est simplement de remettre ma carte à l’artiste (ou le joindre après coup via Internet), l’aviser que je vais publier une sélection de photos sur mon blogue et l’inviter à m’écrire si elle aime les photos. Je n’ai rien offert, c’est l’artiste qui demandera, et c’est à ce moment que j’accepterai gratuitement une utilisation web des photos en établissant clairement que mon logo doit y rester. L’artiste me contacte, demande, et je fais preuve d’une certaine générosité. Je passe pour le bon gars. J’ajoute à ma réponse que pour d’autres utilisations, on verra au cas par cas. SI l’artiste poursuit la discussion avec une demande plus importante pour laquelle je refuse la gratuité, je ne parle pas de payer, mais plutôt de contribuer. Ça passe beaucoup mieux de projeter l’image du photographe qui a ses coûts à couvrir que de projeter celle de l’homme d’affaires qui l’a photographié dans le but d’en tirer du profit. Donc même si elle ne peut pas payer et se contente de l’offre gratuite, je ne passe pas pour le méchant! 🙂

    J’ajouterais que je ne demande jamais la permission de photographier une performance publique. Les questions que je vais plutôt poser concernent plutôt un contrôle des accréditations (pour savoir si je dois m’inscrire auprès d’un responsable des relations avec la presse) et une exclusivité déjà accordée à un autre photographe (ce qui arrive parfois). Y’aura de toute façon plein de pseudo-photographes armés de leurs cellulaires et leurs caméras compactes qui mitrailleront l’artiste de leurs flashs. Notre présence à nous, les photographes qui savent respecter un artiste sur scène en n’utilisant pas de flash et en nous faisant discrets, ne les dérange vraiment pas, à côté de ce public égoïste. D’autant plus que les artistes sont habitués à notre présence et savent que c’est essentiel à leur promo, même si nous ne sommes pas assignés par un média de grande envergure.

    Il y aura toujours des exceptions, évidemment. Mais des cons, il y en a partout. Et évidemment, dans tout ce que j’ai dit, on parle des petits spectacles. Rien à voir avec les groupes de haute renommée, les grosses salles et les méga-compagnies d’organisation de spectacles, qui contrôlent presque la couleur de nos bobettes. 😛

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